

Je ne suis… que ma pensée et celle-ci me refuse l’existence. Mon moi tient tout ce qui est dans ses mains et c’est hors de lui que mon cœur trouve la place de battre.
(p.17)
Notre amour est le fruit de ce qui nous éloigne.
(p. 18)
Car j’étais tout plutôt que moi, je n’étais moi que par la tentation de m’oublier dans un autre.
(p.18)
La lumière de ce monde n’a laissé que moi en dehors de mon amour, mais l’être que j’aime est une pensée pour me recueillir.
(p.219)
Celle que j’aime est le pain de ma clairvoyance. Je ne la vois pas, mon regard sort de l’ombre sur elle. Elle est l’endroit du monde où toute la lumière est le pressentiment de mes yeux…
(p.220)
Déjà, je voulais être attentif à tout, identifier tout au long de ma vie tout le temps qui s’écoule et l’être réel qu’au-dedans de moi-même je pressens que je suis.
(p.221)
La vérité est dans un monde et la parole dans un autre où elle est tout, même la vérité.
(p.226)
La poésie parle pour le poète aussitôt que celui-ci désespère de la parole.
(p.226)
On dirait que tout destin est tragique autour de l’individu qui porte la clarté dans l’univers dont il désespère.
(p.230)
Sa parole n’était pas faite pour que je l’entende et j’étais là que pour donner le poids de la vie à quelque chose qui touchait en elle son éloignement.
(p. 232)
Toute parole offre ou prends de la vie.
(p.19)
J’avais attendu que cet accident s’enrichisse en moi de ses effets jusqu’à trouver sa providence dans ma nature.
(p.19)
Je n’habitais pas ma chair, mais une pensée que ma vie habitait avec moi.
(p. 19-20)
Un blessé est toujours le dernier à connaître la nature de son mal.
(p.20)
Cet homme plus grand que ma pensée.
(p.22)
L’entreprise passionnée d’unir sa force et sa vérité.
Il est étrange que chacun sache d’instinct que par quel bout il doit prendre une vérité capable de le sauver du néant.
(p.23-24)
Notre vérité n’est la force que des autres.
(p.24)
L’image de l’arrachement dont tout homme est le fruit.
(p.30)
L’amour que j’avais pour toutes les choses était étroitement mêlé au regret que j’avais d’elles.
(p.30)
Ce n’est pas à une parole de solitude de rendre sensible l’éveil du temps dans la pensée.
(p.31)
Mon esprit vivait sur ce qu’il disputait à la vie. Or c’est une vérité sans portée que celle qui n’ouvre pas la porte à quelque chose de plus grand qu’elle.
(p.32)
Je ne connaissais le réel que dressé contre moi.
(p.32)
Mon malheur ne venait pas de la vie, mais de la victoire que j’avais remportée sur elle.
(p.37)
Je voulais que ma conscience devînt la croix du réel.
(p.39)
J’ai su alors que rien n’étais plus bas que ne pouvoir supporter les conséquences de ce qu’on a compris.
(p.40)
L’homme croit volontiers que son regard a la force de fermer son cœur. Il croit qu’il est tout, sauf ce qu’il voit.
(p.40)
C’est en obéissant à ce qui nous accable qu’on approfondit en lui de quoi le briser.
(p.41)
J’ai voulu devenir le vertige de tout ce qui était à mon image.
(p.41)
Il y a dans la voix qui aime un accent de l’âme qui pleure vers ce qu’elle a, elle qui, l’ayant perdu, saura l’attendre encore.
(p.41)
Quand la fête des yeux est la fête du cœur, il n’y a plus de place au monde pour la peur qui nous vient avec la pensée, l’horrible peur de n’être qu’une chose.
(p.42)
Un de ces faits considérés comme des rien par les homme et qui pour moi comptent beaucoup.
(p.42)
Il y a des moments où tout ce que pense un homme fait avec ce qu’il voit l’unité de son être.
Tout est vivant, les choses me voient.
(p.42)
Aimer, c’est effacer ce qui sépare le croire du créer.
(p.45)
Je crois que ce qui nous advient est un aspect de ce que nous sommes. Le temps sait notre cœur comme s’il en était l’ombre; il monte avec nous dans le char du songe.
(p.48)
Il faut plaindre celui qui entreprend le travail cruel d’examiner son être et d’approfondir avec son exception la misère de la nature humaine.
(p.64)
Un homme se reconnaît dans ce qu’il incarne sans cesser d’en être la peur.
(p.65)
Malgré moi, je définissais la condition des autres en leur parlant de ce qui m’exceptais.
(p.66)
Il me paraissait naturel que le monde n’eût l’image de sa folie pour me mener à la douceur de penser à moi-même.
(p.67)
Celui qui n’a d’être que dans la pensée risque de tomber aux mains de ce qui ne pense pas.
(p.69)
C’est donner, une forme au bonheur, et, déjà, se rendre maître de lui que d’acquérir une connaissance exacte de ce qui nous manque pour être heureux.
(p.69)
Qu’il faut intervenir avec ménagement dans les mystères de ce monde. Car c’est toute une affaire de rendre la vie aussi belle que si nous n’avions pas été là.
(p.70)
Il faut qu’une vérité soit mortelle pour ne pas être la mort d’un homme.
(p.70)
Il faut avoir vécu loin de tout pour mesurer l’importance mortelle d’un fait, quel qu’il soit.
(p.73)
Unir la pensée et son contenu, sortir avec élégance d’une contradiction.
(p.77)
J’étais mon rêve le plus fidèle.
(p.77)
Chacun se sent un peu l’enfant de ce qui a grandi hors de son monde.
(p.77)
Alors je me suis dit que j’étais dans un monde où l’on apportait la vie à force de ne vivre que pour son cœur.
(p.81-82)
Aucun homme ne s’approche de moi sans entrer partiellement dans l’oubli.
(p.77-78)
Une parole se transforme selon qu’un homme l’emploi pour mesurer une certitude ou pour s’en pénétrer.
(p.82)
Les mots sont les vraies créatures.
Les choses rapprochaient mon cœur de moi; mais elles n’étaient pas assez réelles pour le combler.
(p.83)
Mais, à l’heure d’aimer, l’homme n’est que le cœur où sa vision d’enfant aura fermé les yeux.
(p.85)
Vous vouliez, que chacun eût à traverser, pour vous trouver en vous, une vie plus grande que la sienne. C’est une ambition de géant.
(p.78)
Chacun mène aussi loin qu’il le peut l’art de dissimuler en lui l’homme actuel. On veut supprimer celui qui porte le poids du temps et la responsabilité de son époque.
(p.78)
Je cherchais avec mes rêves ce qui meurt d’être le rêve, j’allais vers la pure tendresse de cette lumière à venir qui est le regard de nos regards: à tout prix je voulais y reconnaître le songe d’avant le songe.
(p.80)
L’horizon où le rêve entrait dans le rêve et l’éclairait en le continuant.
(p.81)
On dirait que le but de l’écrivain est de se cacher dans l’existence d’un moi qu’il soit impossible d’éliminer.
(p.88)
Vivant en bonne intelligence avec ce qui l’écrasait.
Il écoutait les bruits comme s’il avait entendu en eux la nouvelle qu’il était vivant.
(p.89)
Habiter un monde à part et user de son art comme d’un moyen pour retourner dans le nôtre.
(p.90)
Mais il ne faut pas s’aviser de créer une fée, tant qu’on ne sait pas se faire écouter d’une fée.
(p.93)
Apprenez l’art difficile de vous exprimer sous une forme qui donne de la réalité à celui qui vous lira.
(p.100)
Mais on dirait que la pensée est ce qui revient sans nous sur nos pas.
(p.85)
Le cœur d’un homme a deux (lumières) amours; il y en a un qui l’éclaire, un dont il est la lumière.
(p.85)
La découverte d’un firmament intérieur efface les traces que répandraient mes actes sur mon existence à venir.
(p.86)
Il me semblait que les chose de ma vie créaient du temps depuis qu’elle s’engendraient sans tenir compte de moi.
(p.87)
J’écrivais dans l’obsession d’une voix à entendre.
(p.87)
Les rencontres qui mettaient la raison en défaut.
(p.87)
C’est une grande déconvenue pour un poète de la nuit que les ombres lui soient infidèles, mais la pire peine que ce malheur ne soit pas pour lui le plus grand.
(p.347)
Un fait capable de détourner tous les autres et de me lier à lui comme son ombre.
(p.348)
En acceptant une aventure, on produit en elle ce qu’elle a de meilleur et de plus parfait.
(p.350)
Il pressentait à travers les faits une vie indivisible qui avait en eux son mouvement et non pas son être.
(p.350)
On ne vit pas, tant qu’on n’a pas inventé de vivre.
(p.351)
Il avait rêvé son amertume, comme s’il avait rêvé sa douleur. Et bientôt il se demanderait si l’homme ne rêvait pas sa pensée.
(p.351)
Le soir est venu, le silence où je suis seul; léger comme si je devenais la pensée de ce qui se taisait en moi tout le jour, et devient maintenant un silence qui me juge.
(p.362)
Le langage est fait pour rapprocher les hommes, pour que le besoin d’être plus étroitement unis les fasses vivre au-dedans des autres leurs espérances et leurs peines.
(p.362)
En recréant mon passé au lieu d’y faire pèlerinage, j’avais dépouillé l’enfant de mon enfance, comme si je l’avais purifié de la vie, je lui donnais lieu de naître dans un temps encore à venir.
(p.366)
Celui qui est aimé apprends tout de son amour, même le nom et la couleur des choses et ce qu’il doit penser d’elles, qui ne font qu’un avec son amour pour lui inventer le bonheur.
(p.197)
Il faut rendre à la vie ce qui appartenait à l’espace, à l’espace ce qui appartenait à la vie.
(p.198)
Si l’ont ne prend pas sa vie dans son cœur, si l’on est pas compris naturellement dans l’unité de l’univers et de soi-même, il ne reste plus qu’à entrer dans les voies du génie.
(p.199)
Car son épreuve était au dessus de ce qu’un esprit peut penser et il n’eût que sa folie pour la conduire jusqu’au bout.
(p.201)
Toute vie passe par son moment de vérité dont la pensée n’est que l’horizon, même quand elle conçoit l’absolu.
(p.134)
Je voudrais, que les esprits les plus humbles du monde aient leur clarté dans un cœur ému comme le mien parce qu’ils ne peuvent connaître.
(p.143)
C’est par leur lien avec le temps que les choses se font plus fortes que le temps.
(p.144)
Voir une chose dans les yeux des autres c’est leur ouvrir son cœur et se rendre capable de lire dans le leur.
(p.152)
L’amour est un autre nom pour le temps qui nous donne un monde pour l’y chercher.
(p.179)
Dans l’amour partagé on ne voit pas les objets, on leur donne vie; si on les perçoit, c’est, non pas par un acte de connaissance, mais par un acte de création.
(p.197)
Il existe un pays, le plus divin de tous qui a sa clarté dans les serments.
(p.197)
Sitôt qu’il descendait en lui-même, il marchait dans une lumière puisée aux sources de son cœur.
(p.201)
Ce qui brille dans la beauté d’une femme, c’est le bonheur dont la vie nous éloigne.
(p.201)
Ce monde est si bien fait pour les amants, que chacun des deux n’y perçoit que les regards de l’autre, et la lumière n’y voit jamais qu’elle-même aussitôt que le jour les unit.
(p.203)
Comment se reconnaître dans ses passions quand c’est le poids de la vie qui les fait ce qu’elles sont.
(p.203)
Un homme ne conçoit bien que les peines qu’il a causé. Il n’y a pas d’autre façon de connaître.
(p.203)
Le songe quel qu’il soit, veut être tout. Il veut assimiler toutes les choses par la ressemblance qu’un instant avec lui. On dirait qu’il lui faut tout un univers pour retourner à sa source, mille pays et tous leurs fruits, autant de forme qu’il y a d’étoiles pour que chacun n’y connaisse que son amour et qu’il sent le néant de tant d’objets qui le lui ont conçu.
(p.215)
Un espace désert avait été mis au monde avec moi et j’avais compris douloureusement que la plus grande partie de mon existence s’était écoulée en lui comme si j’avais dû mourir de ma fatigue et non à force d’avoir vécu. Mon cœur m’avait fait entrevoir ce que devait être le bonheur d’un homme plus grand que nature et sauvé de l’épuisement où il avait été conçu.
(p.215)
Que chacune de mes paroles soit la liberté d’une pensée qui va d’elle-même au fond de ce que je suis.
(p.112)
J’avais besoin d’avoir sous les yeux de grandes faces claires, de ces visages d’hommes bons dont les yeux font de la tendresse avec les désespoirs qu’on leur confie.
(p.114)
Je tremblais en l’écoutant du tremblement des choses que je regardais, je tremblais avec les choses que ma présence tirait d’elle-même, comme s’il y avait eu dans mon cœur une étoile pour les conduire.
(p.131)
À l’origine de toute pensée il y avait la conscience d’une séparation et la force aveugle du cœur qui accepte cette séparation.
(p.131)
Le temps ne pèse rien sur une pensée dont la marche vers l’être va du même pas que lui et même un peu plus vite.
(p.132)
La seule chance de trouver le chemin de la grandeur c’est de faire à la vie une loi de nous former comme nous sommes.
(p.102)
Je visais par le don de moi à un événement plus grand que l’attente; et qui avait besoin de mon être pour atteindre ce qu’il était invisiblement.
(p.103)
Chaque fois que j’avais aimé j’avais dû me persuader que mon amour était une forme aiguë de mon mal.
(p.105)
Se forger un sort qui se fasse mien par mon cœur.
(p.105)
Il faut, en même temps que l’on s’éveille à une notion révolutionnaire de la réalité, dissiper l’image convenue à laquelle on se plaisait, tout d’abord à l’opposer.
(p.110)
À l’horizon se levait la pensée, comme une étoile, invisible dans le lointain, qui pour m’attirer, imprimait à un infini de solitude et d’absence la forme de mon cœur.
(p.111)
On a toutes les peines du monde à connaître que la terre tourne entre ce que l’on pense et ce que l’on est.
(p.111)
Tout avait changé, maintenant que mon imagination était le chemin de moi-même et non une route pour m’en sortir.
(p.111)
Les faits sont impénétrables. Ils sont le secret de notre vie, mais pas notre secret; ils se cachent derrière l’objet qu’ils emploient pour nous fasciner.
(p.368)
Toute ton enfance te regarde entrer dans l’instant qui n’attend pas l’instant.
(p.371)
Je donne tout mon repos en échange du but que je me promets: donner à ma voix l’accent de la vie.
(p.372)
Je veux réduire chaque fait à une expression si simple qu’il y transparaisse sous forme de pensée.
(p.373)
Qu’à force de simplicité, l’expression d’un fait contienne tout l’esprit et ne laisse pas à la réflexion licence de se poser.
(p.374)
Il est des actes qui ne passent pas, et dont le contenu veille sur les hommes sans savoir ce qu’ils font. Des actes qui sont la dignité de notre existence et que la pensée trahit aussitôt qu’elle s’accorde à nos façons d’exister. Des actes qui nous pensent sans nous connaître et qui donnent, semble-t-il, des rives obscures et sûres au cours de nos années.
(p.376)
Écrire, c’est conférer l’apparence à ce qui n’eût de réalité que pour toi.
(p.378)
Il ne faut pas donner ton cœur à ce qui n’a pour te connaître que tes yeux.
(p.378)
Homme, heureusement perdu perdu dans un homme que rien ne connaît plus, mais, dans l’événement que son âme lui fait accepter, il est son ombre, la première venue, attendant qu’une ombre y reconnaisse sa voie d’homme.
(p.392)
Aussi, montre-toi digne de ta vie. Deviens celui dont tu as l’air. Ne soit le sujet que de tes actions les meilleures. Sois en elles l’œuvre de ton âme, qui est avènement.
(p.395-96)
La vérité est dans la bouche de celui qui vit d’espérer son être.
L’homme ne supporte son existence qu’en franchissant le contenu de son être. Parce que son existence ne se révélerait dans ce qu’il est en fait qu’en le déchirant.
(p.383)
Quand on n’est pas l’union de la nuit et de jour, au moins ne faire qu’un avec ce qui les sépares.
(p.383)
L’autre ailleurs
L’oiseau des grandes hauteurs volerait en aveugle, s’il perdait la terre de vue.
(p. 388)
La vie te pardonne tout, si tu comprends qu’il n’était de faute que contre elle.
(p.390)
*Œuvres romanesque,T. 2, éditions Albin Michel, 1979.
