Le Journal dirigé
Il découvre que la vie n'est nulle part, ni dans l'oeuvre ni dans la parole mais dans la douleur d'en être exilé et d'y retourner qui en maintient la perspective et la vision u centre de tout: cette incompréhensible capacité de bonheur, hypostase de l'être et du langage. Son inexistence est son plus sûr témoin. Bousquet ne s'abandonne pas au délire poétique mais découvre tout d'un coup ce que la poésie doit être: usage magistral du langage comme d'une lumière directrice. (Christine MICHEL)

Deuxième cahier

Ce qui nous advient a commencé dans notre âme et vient à nous avec la vie dont notre personne est le fruit. On dirait que notre être visible est la borne de notre être.

– Joë Bousquet

Le Journal dirigé, cahier II, page 391, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Ne fonce pas contre ton âme, ne lutte pas avec elle. Comprendre, c’est lever une résistance. Tu te souviens: et la lumière prend toute la place des lieux qu’elle t’avait éclairés. La mémoire n’est pas élévation, mais du toi t’élever pour te souvenir.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 391, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Est-il une étoile qui n’ait pas le firmament dans le coeur:
Je n’étais pas dans ma vie, elle était en moi. Je n’étais pas le sentiment de son contenu, mais la pensée dans son cours.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 392, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Ce que nous sommes, c’est ce que nous ne saurions devenir, ni souhaiter et donc, ce que nous sommes le moins. L’âme est incorporelle. Elle contient le corps, lequel contient le lieu.
Prends de la hauteur. Unis-toi à l’espace comme si ton union avec l’immensité était en toi l’image de l’élévation.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 392, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Il faut se donner à ce qui signifie toujours. L’ombre qui porte un cœur est plus lourde que le vent… Une joie continue ressemble à une douleur qui dure; il n’y a que la mémoire pour les séparer.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 393, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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À l’homme qui lui fait dire demain, à l’homme qui lui fait dire « peut-être » il n’est pas une voie qui ne dise « toujours » et quelques fois en témoignant de faits si irrévocables et si forts de notre faiblesse qu’elle semble le dire sans l’éveiller.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 393, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Nous sommes faits pour aider quelque chose à s’accomplir. Capacité de négation infinie. Force de destruction maîtrisée.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 393, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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L’homme est la conscience morale d’une univers physique. Il faut qu’il s’y fasse le principe d’un univers moral. Il a d’abord été le tempérament il faut qu’il devienne un climat.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 394, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Comme la parole doit être la transparence de la pensée et le paraître la transparence de l’être. La personne de l’homme doit être la transparence de sa destinée. Il faut fortifier son cœur pour rendre inévitables les faits qui seront l’avènement de sa grandeur.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 395, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Les faits ne sont pas dans les temps, mais le temps est dans les faits que notre vie contient, comme elle nous contient nous-mêmes d’ailleurs. Les faits sont dans le temps comme les nuages sont dans la pluie.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 396, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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C’était des faits où mon âme était entrée à la longue pour me faire oublier qu’ils avaient été. Le vécu est plus beau parce qu’il est exempt de toue menace. Le présent n’est que l’image tremblée de ce que ce qu’il sera pour le souvenir.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 400, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Nous sommes rarement, et, chaque fois, par emprunt à un fait dont notre âme fait la perfection et notre corps l’imperfection. Nous nous rencontrons le plus souvent hors de nous.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 401, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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À mesure qu’il se passe moins de choses autour d’un être qui pense son existence, on dirait que les événements à lui voués, se fixent, se rangent à la ressemblance d’une belle œuvre très pure et immobile où il reconnaîtra toujours à son éclat la même figure, accompagnée seulement de plus significatifs attributs.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 408, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Je cherchais peut-être sous forme de bonheur ce que je fuyais sous forme de réalité.
Rien ne peut être ajouté à notre vie que notre espoir et il ne lui manquait donc que nous pour être tout. Tout sera toujours comme dans cette vie.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 409, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Ah! ce n’est pas tout de dire la vérité. Il faut la rendre plus forte qu’un homme en lui donnant un passé dans ce qu’il est sans le savoir. Que le problème d’abord, se rende pur et que la connaissance de sa solution accroisse les hommes de ce qu’ils ont inconsciemment de meilleur.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 409, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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J’aurais voulu absorber en moi tout le temps afin de n’en rien laisser à celui que j’aurais pu être par hasard.
IL y avait la joie à exister et même un peu d’étonnement, l’instant qui passait l’apprenait de l’instant qui le suivait, et je n’étais que la pensée de ce bonheur entre celui que j’allais être et l’homme que j’étais sans le savoir.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 410, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Je voyais bien des choses sans les voir, j’entendais tout sans l’entendre. Sans doute ne faut-il rien ajouter aux choses, mais partiellement les détruire pour voir le monde tel qu’il est. Je préméditai de simplifier encore ma vie, de la rendre nue jusqu’aux larmes. Je savais ce que je voulais. Réduire mon existence à la simplicité des faits qui en formaient un événement inévitable. Je voulais que ses dehors devinssent la cause de ce qu’elle était.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 412, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Un accident qui m’ait jeté si bas, que la vie, pour s’y reconnaître, doive inventer mon cœur, et mon cœur, dans son amour en former le pressentiment. Je ne rêvais plus de celui que j’étais. Cette clairvoyance était la grâce qui m’avait été faite de recevoir avec mes maux l’esprit de les souhaiter.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 412, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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L’homme est le produit du monde, son bonheur est le produit de la conscience. On aurait dit que ma joie était la conscience exhaustive de mon être.


– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 412, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Ainsi, mon infirmité n’avait pas fait mon malheur. Tout au plus, m’avait-elle interdit quelques erreurs. Les maux que j’avais subis n’atteignaient que la versalité de ma personne et toute la phraséologie de l’existence.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 412, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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J’appartenais à l’être, j’aurais pu en incarner la liberté, j’en représentais, par force, la constance.
Il me fallait donc accepter ma vie, l’enfermer dans les limites étroites de mon être rompu. C’est une ivresse pour un homme que de former avec l’idée de son être la conscience de tout ce qui est.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 412, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Il me fallait enfin préférer la pleine possession de moi-même au bonheur dont la vie active m’avait fait rêver; On s’enrichit à force d’imaginer que l’on se ruine. On se ruine pour avoir trop rêvé de richesses. On n’est heureux que si l’on ne dérobe pas une parcelle de son imagination à l’instant que l’on vit.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 412, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Je voulais croire en la signification de la vie, me dire que, telle qu’elle était, elle était égale au tout, elle était tout. Il m’aurait fallu quitter quelque chose pour acquérir un bien. Et si la vie était égale au tout, elle ne pouvait détruire que ses limites apparentes: « Préfère au rêve l’au-delà que tu es. Celui qui vit rêve qu’il est, celui qui ne vit pas est la vie même. »

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 412, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Qu’est-ce que la réalité, sinon ce que la vie nous avait donné et qu’elle ne pouvait emporter?
Et moi-même, je ne pouvais pas tout à fait détruire ce que j’avais servi à créer.
Mon être se formait de ce qui survivait dans ma personne à mon effort pour la dépasser, de ce qui survivrait dans mon œuvre…

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 413, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Ma vie était une étoile dont mon être était le reflet errant. Ce que j’aimais était le rayon, illuminant dans un seul objet tous ceux que j’avais été tour à tour.
Je voulais aider mon amour à rendre contemporains tous les moments de mon existence.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 413, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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On ne veut pas être heureux, on veut être le bonheur, et faire, avec sa vie, un rêve pour ceux qui ne sont pas au monde.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 414, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Mais moi, moi qui étais ce bonheur sans avoir eu à détruire ses incarnations, moi qui avais trouvé ma vie affranchie de l’expérience sociale, heureux sans avoir eu à conquérir le bonheur.
Je ne devais pas me satisfaire de ma chance. Il fallait que je fusse aussi l’image de ce bonheur, et que je n’en fusse pour autrui que l’Image.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 414, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Tout se passait dans mon cœur où la vie vraie puisant dans l’avenir de notre âme le sens des accidents à notre corps advenus.
Il y avait en nous un cœur trop grand pour notre personne. Les faits qui m’étaient accidents étaient ineffaçables pour mon cœur…

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 418, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Ton œuvre n’est qu’une vie vécue dans le cœur d’un autre: et courageusement émondée de ce qui n’y saurait entrer.
Que mon amour ne me serve qu’à connaître votre cœur. Je ne serai pas la lumière, mais l’ombre de votre vie.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 421, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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L’âme crée le corps et deviendrait facilement la prisonnière. Il faut que l’âme brûle le corps au lieu d’être brûlé par lui. Tout le sentir doit devenir lumière.
Déjà, je n’étais plus le même pour sentir les choses et pour les éprouver, pour les vivre et pour les éprouver.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 421, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Nous ne nous souvenons pas de ce qui est immobile. C’est à notre désespoir que les choses soient emportées, mais c’est l’intérieur de notre âme que le courant les emporte. Nous ne sommes nous que par rapport à ce qui passe. La vie est ronde, nous la gagnons en nous berçant sur elle.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 421, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Je me disais alors qu’on n’aurait pas dû appeler la vie ce qui était avant tout expérience d’un désir, conscience d’une séparation. La vie devrait effacer tous les souhaits. Or tout ce qu’on a en ce monde est la connaissance et le sentiment de ce qu’on n’a pas. Puisse ce que l’on a former la conscience de ce que l’on est.
Il faudrait avoir la conscience de soi et le courage de refuser certains dons.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 423, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Faut-il que chacun vive dans ses yeux et adore ce qu’ils lui montrent et qui est la source de son salut. Entre la terre promise et moi, il n’y a que mon être intérieur. Est-ce vrai?
L’homme n’est que l’image de ce qu’il est sans le savoir. Il veut inutilement que ses yeux soient les yeux du cœur.
L’entrée du royaume s’ouvrait sous les eaux d’une rivière.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 424, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Pour le moment j’en étais resté au désir de dépouiller ma vie sans toutefois l’appauvrir. Un autre changement que je dois noter tenait mon esprit en éveil. Je n’employais pas un mot sans le soulever au-dessus de moi. On aurait dit qu’il n’était pas l’image, mais le relief d’une réalité dont je cherchais avec lui le sommet dans les hauteur bleuâtres et closes d’où la vérité répand une lumière égale sur tous les signes de la vie.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 428, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Perçue par l’esprit, elle est la beauté même. Espace, temps poétique, maison du cœur lequel bat pour l’être avant que d’appartenir à quelqu’un.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 432, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Poésie, langue naturelle de celui que nous sommes sans le savoir.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 434, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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L’amour est la réalité même. Il est la souveraineté de ce qui est, quel qu’il soit.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 434, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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La vie ne devait être que le sillage ou l’ombre portée des traits qui me l’avaient fait aimer. Sous cette forme elle m’aiderait à faire mon individu la chrysalide de mon être moral.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 435, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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L’homme ne cherche pas le bonheur. Il l’a plus d’une fois trouvé. Il souhaite de le sauver, d’en rendre le chemin accessible et facile à tous.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 435, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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J’avais perdu le bonheur sans avoir à revenir de l’endroit où je l’avais reconnu et saisi. Le bonheur ne se retire pas, il nous rejette dans la nuit… Il ne fallait avoir qu’un seul coeur pour être et pour aimer.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 436, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Il y a une vie qui nous attend, ai-je dit, une autre vie qui attend tout de nous: l’une est faite de tout ce qui viendra et peut-être ne sait-elle pas ce qu’elle fait, l’autre est l’humanité de tout e qui nous est advenu. La vie que. nous sommes donne un sens. à celle où nous entrer.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 438, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Le corps est le dedans de l’âme et peut-être que l’âme s’ouvre au dedans de lui. Il nous faut empêcher notre âme de rester la forme intérieure de notre corps. Car nous savons – nous savons tout – comment on emprisonne l’âme dans la vie physique de le chair et quelle sensation agréable puisera dans notre idée de sa nature profane la force de nous bouleverser.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 439, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Nous ferons servir la parole de l’homme à exprimer les sentiments de eux qui se taisent et qui sont la conscience des lieux où ils vivent.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 439, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Le beau? Pas tout à fait. Le beau me brûlerait les yeux, mais le tendre et douloureux germe de l’indestructible, la vie de chaque jour, non dans son être, mais dans sa grâce inaperçue qi est dissimulée en elle comme elle brûle dans la douleur humaine.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 439, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Ce pourquoi certains hommes vivaient quand ils n’ont pas vécu et que leur bonheur d’être au monde leur a fermé les yeux.
Ce qui est de la vie en n’étant pas la vie ce qui est le bonheur en ignorant le bonheur, une vie qui ne soit que la reconnaissance de l’âme.
Le moi est espoir

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 439, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Les faits sont des signes: ouvre sur le monde des yeux neufs. Le contenu des instants a un cœur. Il n’est pas l’étendu, mais du donné. Chaque fait est un don et comme tel chargé de promesse.
Demandons-nous ce qu’est par rapport à la vie le fait auquel nous sommes mêlés. Il est un gage de la vie.
Chaque fait est le gage d’une vie qui en nous est promesse.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 440, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Il n’est pas d’épreuve plus inoubliable que celle de naître. Sa vie la rend présente, la poésie la renouvelle, l’actualise, nous procure une occasion de la nommer et de la fuir.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 442, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel

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Il y a, dans chaque fait, une fraîcheur cachée, comme une goutte de rosée que l’on boirait avec les yeux. Une fraîcheur, qu’au fond de nos yeux boirait une goutte d’eau pure.

– Joë Bousquet


Le Journal dirigé, cahier II, page 443, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel