Le Journal dirigé Dans cette vibration textuelle, le langage entier, qui traduit le Silence et y revient pour s'y accomplir, met au jour une raison d'être qui est sens de la mort et en rend la question informulable, serait-ce que - à l'instar de Bousquet - nous n'avons pas deux jour de suite les mêmes yeux. (Christine MICHEL)
Troisième cahier
Tout ce qui dure est souvenir, comme ce qui passe, ou bien espoir. Il faut chercher le meilleur de soi-même dans ce qui sera, dans ce qui a été, dans une image qui nous éclaire et nous n’attendrons pas. Les objets sont aussi loin de nous que le soleil qui les éclaire.
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 450, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel
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Les nouvelles capables de nous transformer avaient envahi notre âme avant de nous êtres connues. C’est quand nous avons épuisé la tristesse de les pressentir qu’elles nous sont révélées. Nous étions peut-être en elles avant qu’elles ne fussent en nous.
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 453, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel
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Son existence, en s’appauvrissant, deviendra la providence de son esprit. Par lui, son destin sera, même s’il n’est pas le destin. Il pourra s’écrier: ce que je suis m’a vu naître.
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 460, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel
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J’accepterai mon sort qui est la faveur d’une intelligence assez belle pour lui trouver un sens. Je sais tout ce que je cherche et le soin de vivre m’en a versé l’oubli… Je deviens ce que je j’ai vécu et mon amour en est le charme. Que sera mon espoir? Un sentiment si profond du présent que toute ma vie la veuille partager avec moi.
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 460, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel
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Le monde où je m’éveille n’est pas l’image de me régénération, il en est l’antécédent implacable, élevant jusqu’aux nues les murs que je dois franchir pour commencer mon expérience spirituelle.
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 461, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel
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De celui qui me lirait un jour je souhaitais de devenir le guide et l’ami et peut-être avais-je dessein d’être lui, plus que lui-même. Il me semblait que chaque moment de cette vie contenait l’être dans sa plénitude, le cœur de l’homme ne prenant qu’une conscience imparfaite de ce moment.
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 461, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel
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La plénitude de la vie ne peut être le sommet du bonheur, mais est-elle l’apothéose de la personne: Incertitude à faire entrer dans des faits la seule réalité que les hommes comprennent.
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 461, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel
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J’avais retiré toute vie de mon cœur pour trouver ma vie dans ses yeux. Mon propre cœur m’était-il fermé qu’il s’ouvrît ainsi à ce que je n’étais pas et dont j’étais l’amour.
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 463, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel
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La vie est toute dans chaque homme et c’est pourquoi un homme ne connaît pas sa vie. Il croit en elle doutant de tout ce qui l’entoure afin de ne pas douter de lui-même.
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 465, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel
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La lumière vient de loin, elle vient de si loin qu’elle n’a pas à s’éloigner d’une chose pour s’approcher d’une autre. Il te semblera que tout ce que tu regardes a découvert ton absence au fond de tes grands yeux.
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 469, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel
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Nous pouvons apercevoir les choses, nous pouvons les regarder, nous ne les aurons pas vues si elles ne nous font as oublier qui nous sommes. Il y a un monde à connaître, mais il y a un monde à chanter dans l’oubli de celui que l’on est. Peut-être il éternise la voix de celui que l’on est sans le savoir. Elles ne sont nulle part, elles deviennent la source du temps et la liesse de celui que nous sommes sans le savoir.
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 469, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel
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Ma vie ne m’était sensible qu’au dedans de l’âme où elle s’ouvrait comme une source, où elle était l’âme de mon âme. Vie pure, essentielle. On y est mûr pour la vie quand on lui a sacrifié tous ses rêves. Je ne rêvais plus de celui que j’étais: Rêve de ce qui est, me disais-je afin que le rêve soit!
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 479, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel
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À travers les fidélités du génie poétique, le réel s’arrache à la mesure quotidienne. Les artistes sont conscience et ne sont capables que du réel. Ils sont la mémoire de ce qui aura été. L’artiste incarne la subjectivité du monde. Il est la responsabilité d’un univers innocent comme il en est la faute, l’amour hors de la division et de l’attente. Conscience artistique, responsabilité morale de l’univers créé.
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 479, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel
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Il faut que mon aventure définisse au lieu de recevoir de moi sa définition. Je ne respirais qu’autant qu’elle m’avait étreint. Sans elle ma vie n’aurait pas été la vie.
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 482, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel
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Le moi était dans les jours: il était dans leur transparence parce que leur obscurité y jetait les feux d’un miroir. Ma vie était un royaume que j’avais donné à mon âme et j’en étais devenu le plus humble sujet.
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 483, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel
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L’homme exilé de la vie n’a de chemin pour y retourner que dans le bonheur dont il est capable.
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 488, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel
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Dieu ne nous a pas donné les yeux de notre bonheur. C’est à nous de faire des yeux assez grands pour lire e que nous sommes dans notre cœur.
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 491, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel
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Nais à la vie qui est dans ton cœur: et tu verras les êtres comme ils sont quand rien ne les menace.
– Joë Bousquet
Le Journal dirigé, cahier III, page 460, Œuvres romanesques complètes, 1982, Tome 3, éditions Albin Michel